KAPENDI — Le peintre Handicap
Franck Porteboeuf, plus connu sous le nom de Kapendi, est un artiste peintre autodidacte dont le parcours intime, physique et artistique est indissociable d’un mot : handicap.
Son nom d’artiste, Kapendi, est d’ailleurs né comme une anagramme phonétique de ce terme, qu’il a choisi non pas pour le subir, mais pour le transformer, le revendiquer et le sublimer.
Né à Laval dans les années 1960, Kapendi mène d’abord une vie active, familiale et intense. Mais à 47 ans, son existence bascule. Atteint depuis plus de vingt ans d’une polyarthrite rhumatoïde et porteur d’une malformation coronarienne, il découvre brutalement la réalité d’un handicap qui ne se voit pas toujours, mais qui s’impose chaque jour dans le corps, dans l’énergie, dans les gestes, dans les limites et dans le regard des autres.
Son handicap appartient à cette grande famille des maladies invisibles : celles qui ne se lisent pas immédiatement sur un visage, une posture ou une apparence, mais qui bouleversent profondément la vie quotidienne.
En France, les handicaps invisibles concernent une très large majorité des personnes en situation de handicap : APF France handicap évoque plus de 9 millions de personnes concernées sur 12 millions, et plusieurs sources institutionnelles parlent d’environ 80 % des handicaps comme étant invisibles.
Cette invisibilité est au cœur de l’œuvre de Kapendi. Car ce qui ne se voit pas est souvent mal compris, minimisé, contesté. L’artiste connaît cette violence silencieuse : celle d’un handicap que l’on doit expliquer, justifier, prouver. Une fatigue que l’on ne voit pas.
Une douleur que l’on ne mesure pas. Une fragilité cardiaque qui impose la prudence. Une maladie inflammatoire chronique qui transforme chaque journée en négociation avec le corps.
Pourtant, Kapendi refuse que la maladie soit une fin. Après un long parcours de reconstruction, d’adaptation physique et d’acceptation psychologique, il trouve dans la peinture une nouvelle liberté.
Non pas une échappatoire, mais une langue. Non pas une thérapie au sens classique, mais une manière de faire exister ce que la société préfère souvent ne pas regarder.
La révélation survient lorsqu’il découvre l’univers du street-artiste JonOne. Ce choc artistique agit comme un déclencheur. Là où JonOne peint son nom, Kapendi décide de peindre le mot handicap.
Mais il ne le peint pas comme une plainte. Il le peint comme une signature, comme une présence, comme une force plastique et humaine. « On y verra une œuvre et seulement une œuvre », explique-t-il dans le texte de présentation joint.
De cette intuition naît un mouvement personnel et profondément novateur : l’art de la réalité subjective.
À travers ce concept, Kapendi ne cherche pas simplement à représenter le handicap. Il cherche à en faire une matière artistique à part entière. Chaque coup de pinceau devient la trace d’un combat, d’une personne, d’une douleur, d’une existence. Chaque toile transforme l’invisible en présence. Chaque œuvre rend visible ce que la société ne sait pas toujours accueillir.
Installé dans son atelier à Paimboeuf, Kapendi développe une peinture à la fois instinctive, symbolique et engagée. Ses œuvres, tantôt lumineuses, tantôt plus sombres, interrogent la place du handicap dans notre société.
Elles dénoncent les formes de ségrégation, d’effacement et de sous-représentation que vivent encore trop souvent les personnes handicapées. Mais elles affirment aussi une évidence : le handicap n’est pas une marge. Il fait partie du monde. Il fait partie de la vie. Il peut devenir un langage, un regard, une esthétique.
Chez Kapendi, la personne handicapée et l’artiste se rejoignent. Tous deux doivent s’adapter, contourner les obstacles, inventer des solutions, se réinventer sans cesse.
Cette proximité devient le moteur même de sa création. Son handicap invisible ne l’empêche pas d’imaginer, d’entreprendre, de créer, de transmettre. Au contraire, il nourrit aujourd’hui des projets ambitieux : expositions, conférences, commandes personnalisées, interventions publiques, rencontres autour du handicap et développement de son mouvement artistique.
Sa phrase — « Parlez-moi de vous, j’en ferai une œuvre d’art » — résume toute sa démarche. Kapendi ne peint pas seulement des formes ou des couleurs. Il peint des histoires humaines.
Il peint des parcours de vie. Il peint ce qui se cache derrière les apparences. Il donne une place à celles et ceux que l’on ne voit pas toujours, ou que l’on regarde mal.
À travers son œuvre, Kapendi porte un message essentiel : un handicap invisible n’est pas un handicap imaginaire. Il est réel, profond, parfois douloureux, souvent incompris. Mais il peut aussi devenir une source de force, de créativité, de dignité et d’engagement.
Kapendi est aujourd’hui bien plus qu’un peintre. Il est un passeur. Un témoin. Un créateur de visibilité.
Il transforme son propre combat en langage universel et fait du handicap non plus un silence, mais une œuvre d’art qui prend enfin sa place dans le monde.
KAPENDI Working progress

