Fès, Bab Boujloud. Rien que le nom sonne comme une clé pour un autre temps. Ici, rien n’est anodin. Tout porte la marque des siècles.
On ne visite pas Fès, on y entre, comme on franchit un seuil sacré.
Mais ce jour-là, quelque chose flottait dans l’air. Une effervescence discrète, des gestes plus rapides, des ordres donnés à demi-voix. On s’apprêtait à recevoir. Une visite officielle. Alors, comme on maquille une actrice avant son entrée en scène, on donnait un coup de pinceau, un souffle de poudre à cette ville qui, pourtant, n’a jamais eu besoin de fard.
La place était immense. Bab Boujloud, majestueuse, veillait debout, le dos droit, comme depuis douze siècles. Sa muraille, haute, massive, semblait posée là par des géants. Et sur cette courtine de pierre blonde, deux hommes. Suspendus, minuscules, comme des insectes appliqués à redonner au monde sa couleur d’origine.
Je les regardais, incrédule. Ils grimpaient, repeignaient, retouchaient, s’attaquaient même aux créneaux. Mais comment diable avaient-ils fait pour atteindre ce sommet vertical ? Nulle grue, nul échafaudage en vue. Rien que leurs bras, leurs échelles, et leur témérité.
La partie réservée, interdite encore au pinceau, restait nue, brute, comme une esquisse en attente. Et ce contraste rendait l’ensemble presque irréel.
Et moi, au pied de ce mur géant, je regardais ces hommes défier le vide, restaurer sans bruit.




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